De l’édito oui, mais au format vidéo

Si l’éditorial était la thématique centrale de ces rencontres, c’est finalement la vidéo qui a dominé une grande partie des interventions. Les médias et leurs journalistes ont bien compris la place qu’occupe désormais ce format sur le digital et les opportunités qu’il ouvre.

Bye-bye la presse écrite ? Absolument pas. Mais pour conquérir les cibles plus jeunes, on est bien forcés de comprendre leurs codes et d’investir les plateformes qu’ils utilisent au quotidien. Les médias doivent innover et s’adapter pour réussir à partager leurs messages sous de nouvelles formes qui captent les nouvelles générations.

Les Échos se sont lancés dans une stratégie de refonte vidéo avec une priorité majeure accordée à Youtube. Pierre Schneidermann, responsable vidéo des Échos et ancien rédacteur en chef chez Konbini, nous explique que l’équipe dédiée a investi un nouveau studio dont l’aménagement nous rappelle fortement celui d’un véritable youtubeur. Ils ont imaginé ensemble plusieurs séries de vidéos, de durée plus ou moins longue et incarnées en face caméra par les journalistes. Macro, Business Drama, Secret Sauce, Plan Carte : des noms évocateurs qui interpellent et piquent la curiosité des audiences. Les vignettes sont travaillées en adéquation avec les codes de la plateforme avec des titres attractifs, compréhensibles, mais pas trop click-bait non plus.

Résultat ? Une moyenne de 10 000 nouveaux abonnés par mois, une durée moyenne de visionnage de 4 minutes 24 secondes (sans les Shorts) et une augmentation de 18,7 % de la durée de visionnage des abonnés depuis cette nouvelle stratégie de contenu. 

Justine Reix (journaliste indépendante ayant réalisé des reportages et enquêtes pour Vice, Arte, France 2, Le Monde et qui s’est lancée dans le Youtube game en créant sa propre chaîne et sur laquelle elle a collaboré avec Squeezie, Hugo Décrypte, Simon Puech ou encore Charles Villa) nous raconte comment Le Monde est arrivé sur TikTok. Leur crédo ? Proposer une nouvelle forme de journalisme en jouant sur la carte de l’humour pour s’adresser à son audience.

Pour attirer l’audience et retenir son attention, le journal travaille minutieusement les hooks de ses vidéos mais aussi leur storytelling, et ça fonctionne comme on peut le voir sur son reportage TikTok « Plus beau avec ou sans masque ?« . 

Le hook, c’est cette accroche indispensable qui capte immédiatement et qui doit, en quelques secondes, créer l’envie de rester. Chez my destination, on propose d’ailleurs un atelier sur la thématique pour t’aider à “Imaginer des hooks créatifs pour tes vidéos”.

Aujourd’hui, les mots ne s’écrivent plus uniquement. Les histoires et les récits prennent vie sous la forme de vidéos. Ils s’incarnent, s’illustrent et se mettent en scène. C’est ce qui aide à humaniser des contenus et se rapprocher de sa communauté.

Comment créer des vidéos qui captent l’attention ?

1️⃣ Les audiences ont besoin de contenus incarnés pour humaniser les sujets et créer de l’empathie.

2️⃣ Les formats « série » permettent de créer des rendez-vous avec ta communauté, apportent de la cohérence à ta stratégie éditoriale et stimulent la créativité.

3️⃣ Un hook percutant et un storytelling travaillés sont nécessaires pour attirer et retenir l’attention.

Fact-checking : y’a IA ou y’a pas ?

Sébastien Bourdon, journaliste et formateur Samsa nous a partagé sa méthode de fact-checking pour survivre dans un monde de fake news. L’histoire part d’un exemple qui a retourné le monde des médias en juin 2025. Présenté comme un cas d’école, des journalistes experts ont été bernés par une vidéo, en partie alimentée par l’intelligence artificielle, qui a fait le tour du monde et qui annonçait le bombardement d’une prison iranienne.

La vidéo, présentée pendant l’atelier, semble bien réelle. Pourtant, une fois qu’on sait qu’elle est finalement truckée, ça apparait comme une évidence : un discret buisson, au premier plan, ne tremble pas d’une feuille et ne subit pas le souffle de l’explosion. Et l’événement, apparemment subvenu en été, montre pourtant un arbre dépourvu de feuillage.

Finalement, le contenu a été créé à partir d’une photo et d’un extrait vidéo réels mais assemblés avec l’aide de l’IA. Vérifier la véracité d’une information et de son visuel n’est déjà pas une mince affaire. À l’heure de l’intelligence artificielle, le fact-checking est mis à rude épreuve, mais n’en reste pas moins impossible.

Notre mission, en tant que professionnels du tourisme, reste la diffusion sincère et transparente de contenus qui montrent une destination, telle qu’elle est à l’instant T. Une mission facilement remplie lorsqu’on fait appel à un créateur de contenu ou à un photographe pour prévoir un tournage. La confiance est bien là. Mais la question se pose quand on utilise des UGC (user-generated content). L’intervention humaine (notre expertise du territoire et notre bon sens) n’est pas encore remplaçable pour vérifier si le visuel est réel, ou pas.

T’imagine si on créait une IA pour vérifier que les images ne sont pas générées par IA ? Ce serait un drôle de paradoxe.

Si la question de déceler une image générée par IA ou non est une problématique à laquelle on va se retrouver de plus en plus confrontés, celle des contenus générés par des tiers pour des destinations en est une autre. Sébastien s’est justement posé sur le sujet dans son article Sora 2 et tourisme : quand la réalité devient optionnelle.

La méthode de fact-checking efficace sur Google

1️⃣ Ajoute ta photo sur Google Lens pour faire une recherche inversée

2️⃣ Compare avec les résultats obtenus pour vérifier si tu trouves la même localisation

3️⃣ Recadre ta photo et zoom sur un détail particulier puis relance la recherche sur Google Lens

4️⃣ Compare avec les résultats obtenus pour vérifier si tu trouves toujours la même localisation

5️⃣ Ouvre Google Maps et entre le nom du lieu

6️⃣ Passe en mode « street view » et compare le résultat avec ta photo

SEO, GEO, AEO : on part sur tout l’alphabet ?

Débarqué en mars 2025, Google Ai overview est un outil qui génère un résumé des pages web répondant à la recherche d’un internaute sur Google. 

Et les smartphones Android sont désormais équipés de l’outil Discover qui pousse des articles et informations relatifs aux centres d’intérêt de leur propriétaire sans avoir à les rechercher. On ne se rajouterait pas une lettre à l’alphabet pour parler de DEO ?

Google AI overview, Discover, Perplexity.. Le trafic organique vacille et ces nouveaux arrivants chamboulent les règles du référencement classique. Le SEO est-il en train de mourir ou plutôt en pleine mutation ?

Semion Sidorencko, lead data engineer chez Le Temps (unique média francophone de Suisse à portée nationale), nous explique que son équipe s’est penchée sur le sujet pour analyser la performance de ses articles et la provenance de leur trafic. Le CTR (taux de clic) serait divisé par deux.

Doit-on craindre une perte de trafic si les lecteurs se cantonnent aux résumés générés par IA ? Faut-il travailler nos contenus pour être cités par les IA pour gagner en visibilité ?

Madeleine Pinthon, responsable web et SEO pour le groupe de presse Ebra nous rappelle, à juste titre, qu’un internaute qui pose une question à une IA lui délègue simplement la recherche de requête qu’il aurait pu faire lui-même sur Google. Et l’IA tire largement ses réponses des sites internet référencés par Google.

Finalement, l’IA utilise et propose un contenu qu’elle juge bien construit, sourcé, utile. Plutôt que de vouloir absolument être utilisé par l’IA, ne devrions-nous pas imaginer des contenus pertinents et qui répondent parfaitement aux besoins de notre communauté, au point d’être cités par les IA ?

La différence entre SEO, GEO et AEO

SEO (Search Engine Optimization) : méthode de référencement naturel basée sur la sélection de mots-clés pertinents pour aider les moteurs de recherche à lire un contenu web. Un contenu bien optimisé apparaîtra dans les premiers résultats de recherche.

GEO (Generative Engine Optimization) : méthode de référencement naturel qui consiste à optimiser les contenus web pour qu’ils soient proposés et cités par les intelligences artificielles génératives lorsqu’elles sont sollicitées par les internautes.

AEO (Answer Engine Optimization) : méthode de référencement avancée qui consiste à optimiser un contenu web pour qu’il réponde directement aux questions des internautes. L’objectif du contenu est de fournir la meilleure réponse possible pour qu’il apparaisse dans les résumés générés par l’intelligence artificielle, en haut de page des moteurs de recherche.

Moins mais mieux

Chez my destination, on est convaincus qu’une stratégie efficace repose sur la maîtrise des prises de parole plutôt que leur dispersion. Faire moins mais mieux, c’est accepter de ne plus s’adresser à tout le monde de la même manière et de se mettre à la place de sa communauté, de faire preuve d’empathie pour proposer des solutions concrètes, utiles, réalistes. Ça fait du bien de voir que c’est une vision partagée par de nombreux médias présents aux Rencontres de l’Innovation Éditoriale.

Écouter les audiences pour mieux leur parler : c’était le sujet de l’intervention de Nina Fasciaux, directrice des partenariats au Journalism Solutions Network et autrice du livre Mal entendus.

Les breaking news et actualités chaudes sont relayées par tous les médias. Par traduction et définition, elles portent pourtant le poids de la rupture, celui qui casse et qui s’inscrit dans une dynamique de brièveté et d’instantanéité. Il serait peut-être plus judicieux de déployer une stratégie autour de “bridging news”, des contenus durables et pérennes et qui tissent du lien avec les audiences. 

Le journalisme, et plus généralement les médias (et donc les réseaux sociaux ?), sont des métiers du lien, de la transparence et de la confiance. Et pour remplir cette mission, mieux vaut apprendre à écouter les besoins des communautés. Prendre en compte les besoins d’une communauté et imaginer du contenu vraiment utile prend plus de temps, c’est certain. Mais si nos efforts doivent être concentrés sur cet objectif, on peut en revanche laisser tomber l’approche du « produire plus » comme une véritable usine et réduire ses prises de parole. Voilà la définition de « moins mais mieux ». Et c’est aussi tout le concept de la sobriété éditoriale et de l’écoconception : mon contenu est-il utilisable ? utilisé ? utile ? À toi de nous dire.

La boussole des besoins du public

En 2010, les équipes de la BBC sont épuisées. Elles doivent produire de plus en plus pour des résultats qui ne progressent pas ou très peu. Les contenus produits répondaient-ils vraiment aux besoins des lecteurs ? Les productions ont été rangées en plusieurs catégories selon le besoin auquel elles répondaient : 

  • Update me : pour avoir les dernières informations
  • Keep me on trend : pour connaître les grandes tendances
  • Inspire me : pour être inspiré
  • Divert me : pour sourire et reposer un peu son cerveau

Cette classification, au regard d’indicateurs de performances précis tels que les vues, le temps de lecture, permet de réaliser quels types de contenus sont les plus recherchés par les audiences et ceux, à l’inverse, qui mériteraient moins d’attention. C’est de là qu’est né le modèle des User Needs. Samsa, organisateur des Rencontres de l’Innovation Éditoriale, a développé la boussole des besoins des publics, inspirée du modèle de la BBC.

Journalistes, communiquants, créateurs de contenus.. On est finalement tous humains et tous dans le même bateau. Aujourd’hui plus que jamais, nos audiences veulent revenir à des choses plus simples, plus vraies, plus sincères. Se confronter aux points de vue d’autres médias plus traditionnels que les plateformes digitales rassurent : les changements des usages impactent tout le monde, pour le meilleur et pour le pire.

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Auteur

Julie

Responsable éditoriale chez my destination, j'aime prendre la plume pour jouer avec les mots, transformer les idées et mémos en messages forts et éviter les maux.

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